Les entreprises ont serré la vis sur les salaires de leurs cadres en 2026, alors que les prix continuent d’augmenter. Les équipes commerciales et marketing n’ont pas été logées à la même enseigne, et les cadres qui ont changé de poste dans la même entreprise ont davantage bénéficié d’augmentations que les autres.
Salaires des cadres en 2026 : les augmentations se font rares chez les commerciaux
En 2026, la rémunération des cadres du secteur privé a baissé pour la première fois depuis 2010, principalement à cause de la réduction des primes et des bonus. Selon le baromètre publié le 5 novembre par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), le salaire médian des cadres, primes et bonus compris, s’établit désormais à 54 000 euros bruts par an, soit 1,8 % de moins qu’en 2025, alors que le salaire fixe médian reste stable à 52 000 euros.
En un an, la part des cadres augmentés est tombée de 53 % à 46 %, et la proportion de cadres qui touchent des primes ou des bonus est passée de 50 % à 48 %. En prenant en compte l’inflation, les cadres ont donc perdu 3,6 % de pouvoir d’achat entre 2025 et 2026, et 11,6 % depuis 2007.
Les augmentations ont été plus rares chez les commerciaux que dans la plupart des autres fonctions suivies par l’Apec, et plus fréquentes chez les marketeurs :
- Chez les commerciaux, le salaire médian atteint 57 000 euros, et la part des commerciaux augmentés passe de 47 % à 41 % ;
- Chez les marketeurs, le salaire médian se situe à 60 000 euros, soit le niveau le plus élevé après la direction générale (77 000 euros). La part des marketeurs augmentés recule de trois points seulement, passant de 52 % à 49 % ;
- Chez les cadres de la communication, le salaire médian est le plus bas de toutes les fonctions, à 44 000 euros, mais la part des cadres augmentés passe de 37 % à 41 %, alors que cette part recule dans presque toutes les autres fonctions.
Les primes, de moins en moins fréquentes chez les jeunes cadres
Entre 2024 et 2026, la part des cadres qui touchent des primes ou des bonus a reculé dans toutes les tranches d’âge, mais la tendance est beaucoup plus marquée chez les moins de 30 ans :
- 15 points de moins chez les cadres de moins de 30 ans (passant de 54 % à 39 %) ;
- 7 points de moins chez les cadres de 30 à 39 ans (de 55 % à 48 %) ;
- 6 points de moins chez les cadres de 40 à 49 ans (de 56 % à 50 %) ;
- 4 points de moins chez les cadres de 50 ans et plus (de 53 % à 49 %).
Les cadres de moins de 30 ans ont pourtant été augmentés bien plus souvent que leurs aînés en 2026, avec 64 % de bénéficiaires, contre 36 % chez les cadres de 50 ans et plus.
Dans le secteur du commerce, tous métiers confondus, la part des cadres qui touchent des primes ou des bonus est passée de 68 % en 2024 à 57 % en 2026. Le commerce, où la rémunération variable était jusqu’ici plus répandue que dans les autres secteurs, fait désormais jeu égal avec l’industrie. La rémunération variable ne représente plus que 13 % du salaire total des cadres du commerce, contre 14,6 % en 2024.
Les femmes cadres restent moins nombreuses que les hommes à toucher des primes ou des bonus, avec 44 % de bénéficiaires en 2026, contre 50 % chez les hommes. La rémunération variable représente 10 % du salaire total des femmes concernées, contre 11,9 % pour les hommes. Ces écarts ont peu varié depuis 2020.
Augmentation de salaire : la mobilité paie, la transparence se fait attendre
En 2026, les cadres qui ont changé de poste au sein de leur entreprise ont été les plus nombreux à être augmentés. Ceux qui ont changé d’entreprise arrivent en deuxième position, loin devant les cadres qui n’ont pas connu de mouvement :
- Changement de poste dans l’entreprise : 68 % de cadres augmentés, pour un salaire médian de 57 000 euros ;
- Changement d’entreprise sans période de chômage : 61 % de cadres augmentés ;
- Changement d’entreprise après une période de chômage : 42 % de cadres augmentés ;
- Aucun changement de poste : 42 % de cadres augmentés, pour un salaire médian de 54 000 euros.
L’écart entre les cadres qui ont changé de poste en interne et les cadres restés en place atteint 26 points, le plus important depuis 2020. Selon l’Apec, les cadres de 30 à 39 ans sont ceux dont le salaire a le plus décroché par rapport à l’inflation. Ce sont aussi eux qui profitent le plus de la mobilité interne : 75 % ont été augmentés après un changement de poste, contre 46 % pour les autres.
Les cadres qui cherchent un nouvel emploi trouvent de plus en plus souvent un salaire annoncé dans les annonces : au premier semestre 2026, 68 % des offres d’emploi destinées aux cadres et publiées sur apec.fr affichaient un salaire ou une fourchette de salaire, contre 47 % en 2019. Les offres qui affichent un salaire reçoivent presque deux fois plus de candidatures que les autres.
Dans les entreprises, la transparence n’est toujours pas de mise : 61 % des cadres estiment que leur employeur n’a mené aucune action sur ce point ces deux dernières années. D’ailleurs, 86 % des cadres ne savent pas où se situe leur salaire par rapport à celui de leurs collègues qui occupent un poste équivalent.
Rappelons qu’un projet de loi doit transposer en France la directive européenne sur la transparence des rémunérations. Présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026, il prévoit notamment d’interdire aux employeurs de demander à un candidat combien il gagne ou gagnait dans ses emplois précédents, mais rien ne garantit son adoption définitive avant l’élection présidentielle de 2027.
