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Les acheteurs lèvent leur bouclier anti-IA dans les interactions commerciales

La majorité des décideurs affirment être en capacité de repérer un email rédigé par l’IA dès les deux premières phrases. C’est en tout cas ce qui ressort d’une nouvelle étude signée Gartner, portant sur 645 acheteurs B2B.

L’emailing, premier canal impacté par le tout-IA

Entre 2024 et 2025, la vague de prospection automatisée par LLM (ChatGPT, Gemini, etc.) a exposé des millions de décideurs aux mêmes schémas rédactionnels, et ils sont nombreux à considérer ces patterns comme de mauvais signaux pour la confiance.

La méfiance des décideurs vis-à-vis des messages de prospection rédigés par l’IA transparaît dans le taux de réponse moyen en cold email B2B, passé de 8,5 % en 2019 à 3,43 % en 2026, selon un benchmark Instantly basé sur plusieurs milliards d’interactions.

L’érosion du taux de réponse s’explique probablement aussi par des éléments plus techniques. En effet, la saturation des boîtes de réception et le durcissement des filtres anti-spam ne jouent pas en faveur de l’engagement des destinataires. D’un autre côté, Gmail et Microsoft intègrent désormais des signaux qui mesurent la similarité structurelle entre les messages envoyés à grande échelle et les empreintes linguistiques associées aux modèles de langage.

La suspicion d’IA dans les contenus publicitaires

Le Nuremberg Institute for Market Decisions (NIM) a conduit une expérience inédite dans la publicité. Deux groupes ont été exposés à la même publicité, mais avec un préambule différent :

  • Il a été dit au premier groupe que la publicité était l’œuvre d’un humain ;
  • Il a été dit au second groupe qu’elle était générée par une IA.

Le groupe « IA » a jugé la publicité « peu naturelle », « peu utile », et s’est montré moins enclin à cliquer ou à acheter le produit promu.

NielsenIQ a obtenu des résultats convergents sur une autre expérience : les clients identifient intuitivement la majorité des publicités générées par IA et les qualifient davantage d’« ennuyeuses » et de « confuses » (vs. les publicités traditionnelles).

Le bouclier anti-IA dans les messages de prospection

Massivement exposés aux contenus rédigés par l’IA, les acheteurs B2B ont développé une capacité à repérer certains indices :

  • Le compliment d’accroche générique suivi d’une formule type « J’ai remarqué que vous aviez fait du très bon travail chez [entreprise] ». Cette phrase est devenue en 2025 le marqueur le plus reconnaissable des emails rédigés par les IA.
  • La structure en trois temps parallèles (problème, solution et bénéfice), reproduite mécaniquement par les LLM, qui crée un effet de déjà-vu immédiat chez les destinataires habitués à recevoir des dizaines de sollicitations par semaine.
  • Le semblant d’hyperpersonnalisation déconnectée du contexte relationnel : le message cite le nom de l’entreprise, le poste et une actualité du destinataire, avec une erreur ou une extrapolation grossière.
  • Le ton uniformément poli et lissé, dépourvu de marques d’oralité, d’hésitation ou d’aspérités stylistiques, que les destinataires associent à une rédaction automatisée.
  • La longueur excessive : les LLM tendent à la verbosité, alors que les emails de prospection les plus performants en 2026 font moins de 80 mots d’après les données de Mailforge et d’Instantly.